Réalisme ou « pensée magique » ?

Avertissement de l’Association des stations de ski du Québec
lundi 10 mai 2010 par Hubert Simard

La conférence de presse de la coalition des élus et du milieu économique de Magog-Orford du 29 avril avait pour objectif de corriger les perceptions médiatisées par la ministre Beauchamp à l’effet que la région est divisée sur les enjeux de la Loi 90. Les propos du préfet Marinovich se veulent clairs : les élus et le milieu économique sont unanimes dans leurs revendications. Ils représentent le consensus de la région et le consensus exigé par la ministre doit être reconnu. Cela, même si, selon le porte-parole de cette coalition, des points de vue marginaux, de la part d’intérêts sectoriels, ont été émis par des individus. C’est dans la nature du processus démocratique de ne pas être tout à fait unanime.

Les citoyens de la MRC et les clients du milieu économique pourront juger des perceptions. En marge de la commission parlementaire, un intervenant a émis des commentaires qui devraient susciter des discussions parmi les leaders de la région.

Le message de l’Association des stations de ski du Québec aux leaders de la MRC

L’ASSQ regroupe les stations de ski du Québec. C’est la voix d’une industrie en difficulté qui perd des membres et qui cherche à enrayer le déclin de cette activité économique. Les parlementaires de l’Assemblée nationale n’ont pas pris le temps de l’écouter. Le président de l’organisme, Claude Péloquin, tout en signifiant l’importance de la station de ski du Mont-Orford pour l’industrie du ski québécoise, déplore le fait que ses remarques ont été mal accueillies par les participants au comité de parrainage de la MRC de Memphrémagog. « Je leur avais dit que la communauté devrait s’investir, mais cette idée ne passait pas. Il y avait comme une forme de pensée magique. » [1] C’est ce que l’ex-maire de Magog, Marc Poulin, a reconnu en livrant son mea culpa à la suite de sa défaite.

Est-ce que la coalition des élus de la MRC et du milieu économique a quitté la voie de la pensée magique pour prendre celle de l’entreprenariat ?

La mairesse Vicki May Hamm a donné un grand coup en prenant publiquement, le 15 février 2010, une position appuyée à l’unanimité par le conseil municipal de la Ville de Magog, pour le projet coopératif piloté par la Coopérative de solidarité du Mont-Orford. Cette position était appuyée par un constat réaliste. La station touristique n’est plus rentable, il faut recourir à l’économie sociale.

La SDC du centre-ville de Magog et quelques gens d’affaires de la région ont soutenu cet appel à la coopération. La Chambre de commerce et d’industrie de Magog-Orford a continué de miser sur la démarche compétitive de l’appel d’offres en souhaitant que le jeu de la concurrence produise des offres de qualité. Cette approche prévaut jusqu’à ce jour. Pensée magique ?

On connaissait la situation déficitaire de la station. La divulgation des états financiers a révélé une situation pire que celle qu’on attendait. Les soumissionnaires potentiels se sont désistés. À trois semaines de la fermeture de l’appel d’offres, aucun intervenant ne semble intéressé à prendre en charge la station touristique. André L’Espérance ex-propriétaire de la station touristique a eu la réflexion suivante : « Mourir maintenant ou agoniser pendant cinq ans ». La première priorité de la coalition des élus et du milieu économique est maintenant de repousser l’échéance du démantèlement spécifiée à l’article 7 du projet de loi. La région veut obtenir un droit de premier refus qui lui permettrait de prendre des initiatives qu’elle ne veut pas assumer maintenant. C’est un début de réalisme.

Mme Hamm, par l’intermédiaire du CLD Memphrémagog, dont elle assume la présidence, a piloté un projet de fonds régional de relance de la station touristique alimenté par une hausse de la taxe de vente de 0,25 %. L’objectif était de recueillir 1 M $ /an pendant 10 ans. Pensée magique ? Il était prévisible que le gouvernement refuserait un empiètement sur un champ de taxation réservé aux gouvernements supérieur. La ministre Beauchamp a dit non à la hausse de taxe de vente et elle a encouragé la région a trouver une autre solution que le gouvernement pourrait accepter.

L’immobilier et les liens hors parc, la recette des conditions gagnantes ?

La coalition élus et milieu économique a martelé que le gouvernement devait amender la loi pour y intégrer un accord de principe favorable à la réalisation d’un certain nombre de liens mécaniques entre les projets immobiliers et la station touristique. L’essentiel des discussions à la commission parlementaire a porté sur ce sujet. « Il est clair pour tout le monde ici aujourd’hui, qu’un refus d’amender le projet de loi dans ce sens, équivaut à la fermeture de la station ». Pensée magique de croire que l’immobilier et les liens sont la solution à la relance de la station touristique ou manoeuvre politique pour détourner l’attention de l’enjeu principal : la prise en charge du déficit d’opération des installations touristiques par la région ?

Chose certaine, aucun promoteur n’investira des millions de dollars dans un projet de lien tant que la démonstration de la pérennité de la station touristique n’aura pas été faite. Le seul promoteur immobilier à avoir démontré publiquement un intérêt pour un lien mécanique entre ses terrains et le Mont-Orford est Le Vertendre. Il a annoncé qu’il ne sera pas soumissionnaire pour les installations de la station touristique.

Les parlementaires ont cherché à obtenir plus d’informations sur les perspectives de développement immobilier et sur les projets de liens. Ils n’ont pas eu de réponses à leurs questions. La ministre Beauchamp a mis en évidence que le gouvernement ne pouvait pas s’engager, par la loi, à adopter n’importe lequel projet de lien. Aucun intervenant n’a voulu soutenir une telle idée. Un accord de principe intégré à la loi devra donc être accompagné de balises ou se limiter à un énoncé symbolique. Dans un cas comme dans l’autre, le dossier d’un projet de lien devra être soumis à l’évaluation avec un risque de rejet.

Ce qui est inquiétant, c’est que cet enjeu de liens présumés n’est soumis à aucune évaluation économique par la MRC de Memphrémagog. Quelle serait la valeur d’un développement immobilier qui justifierait le coût d’un lien mécanique ? N’oublions pas que le comité de parrainage de la MRC a fixé le principe d’une redevance de 5 000 $ pour chaque unité d’hébergement comme contribution à la relance de la station touristique. Dans le cas de Le Vertendre le projet de monorail coûterait autour de 6 M $. Avec 750 unités d’hébergement, ce serait une charge supplémentaire de 8 000 $ par unité d’hébergement. Qui plus est, la démonstration d’un service de type ski in / ski out n’a pas été faite. Une surcharge de 13 000 $ par unité, est-ce qu’il y a un marché pour ce type de projet immobilier ? Ne sommes-nous pas encore sur le terrain de la pensée magique ?

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est le concept d’attraction touristique que le promoteur de Le Vertendre cherche à vendre pour son projet de monorail. Est-ce pour justifier une subvention d’un éventuel fonds de relance du Mont-Orford ? La porte n’est pas fermée.

Les élus ne veulent pas assumer le déficit d’opération de la station touristique. Ils ne veulent pas assumer le poids politique de la fermeture et de la perte d’emplois. Ils ne veulent pas se ranger derrière la solution coopérative et canaliser toutes les ressources disponibles dans cette direction.

Dans ces conditions, il est difficile de ne pas se réfugier dans la pensée magique.

L’apparition de la Ville de Sherbrooke dans la coalition des élus et du milieu économique est une bonne nouvelle dans la perspective de relance de la station touristique. Le centre de ski du Mont-Orford est un élément stratégique de l’offre touristique de la région de Sherbrooke. Cela permet d’élargir le bassin de la population intéressée à 200 000 personnes.

Sherbrooke et Magog se sont retirées de la propriété de la station de ski Montjoye dont la fermeture prochaine et définitive apparaît inévitable. La motivation à ouvrir un nouveau dossier de relance d’une station de ski ne tient qu’à l’impact de la fermeture sur la région.

Il n’est pas impensable que la pensée magique fasse place au réalisme dans un contexte de tensions sociales devant une station de ski fermée à l’ouverture de la saison de ski. Noël 2010 risque d’être une période difficile pour la région de Magog-Orford.

[1La Tribune, 27 avril 2010, J. F. Gagnon, p. 4


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